~     T E X T E S   et  P O È M E S      ~


(Sélection)


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Bouquet d’automne

Fleurs
Éplorées
Au matin
Monotone

Pleurs
Effleurés
Par la main
Qui hésite

Ensemble

S’invitent
S’abandonnent

Et se noient

Dans le fleuve
Perlé
Et l’effluve
Perdu



Orléans, 24 octobre 2008
 
Carnet de bal

Avec l'imprudence
D'un cavalier
J’ose les présentations
Hardiment
Car je suis votre prétendant

Bel amour
Accordez-moi cette danse
Et faisons contre-danse
À la méfiance
Pour que soient bannies
Rosses représailles



Avec l'élégance
D'un chevalier
Je n'ai d'autre prétention
Ardemment
Que de vous être bienveillant

Bel amour
Accordez-moi cette danse
Et faisons révérence
À la confiance
Pour que soient bénies
Noces et fiançailles


Orléans, 27 mars 2010
(31 mars 2012)
Consolation


J'entends au matin se faner une fleur,
Et le murmure au loin d'une femme en pleurs.
 
Effleurant ta peau, ton regard et tes charmes,
En bouquet d'argent, je cueillerai tes larmes, 

Perles de rosée en mes paupières closes....
Elles daigneront alors s'évanouir
Et reprendre naissance en roses écloses,
En parfums d'arcs-en-ciel, pour s'épanouir !


Version du 2 avril  2012
La Réunion, 16 octobre 1992
Corrections 6 juillet 1997 et 15 février 1999


Sous un rayon
De ma bibliothèque
Et d’un soleil printanier,
Un jeune lézard
Se prend pour un poème
Et s’étale en vers.
Il rêve, mais ne songe pas
A quitter l’endroit :
S’habillant, ivre,
De la couverture d’un livre,
Il est un poète,
Qui se repose
Dans la prose.
Votre étonnement
Rime avec sa fierté :
Vous ne saviez donc pas
que les jeunes lézards,
allant droit ,
sont talents verts ?


Orléans, mars 1999


Finaliste Télérama
du Deuxième Concours RATP 1999

[Aquarelle . Nadine Ramond  . 2012]


J'aimerais de toi
Ne serait-ce qu'une once
D'espérance

Ne serait-ce qu'un souffle
Lointain

Que le frémissement
D'une brise

Que l'air
Que l'on respire

L'air
D'une chanson

L'air
De rien



Orléans, 27 mars 2010
(extrait)
Prélude aux harmonies

Ce soir, mes crayons gris broient du noir,
Aigris de n'avoir point bonne mine...
Leur seule éminence est leur épine :
Ils ne peuvent colorier l'espoir
Ni les bleus trop profonds de mon âme.
Il fait sombre ; l'unique pâleur
Est la page blanche encore vide...

Jovial, après l'aube et l'heure bleue,
Le Soleil à son déclin rit jaune,
Contraint de partager règne et trône.
Il est l'Astre vermeil, presque feu,
Roi brûlé de mille et une flammes :
Blancs partiels, les rayons de son cœur ;
Pourpre et noir, son brasier régicide...

Dans ses quartiers, la Lune est orange,
Sa rondeur claire un fruit de saison.
Chevalier, je loue en mon blason
Le miroir d'argent, le voile étrange,
Les vertus pastel de cette Dame.
De son monde obscur, je suis seigneur ;
En la nuit brune, son humble égide.

Tes yeux bleus, d'azur et d'océans,
Voient rouge avant l'ultime tempête.
Mais quand le cuivre des sept trompettes
Aveugle en mon œil le blanc néant,
Les regards noirs, les peurs bleues infâmes,
Ils noient toutes larmes et rancœurs
Dans l'eau turquoise, calme et limpide.

Pour quitter l'hiver beige et morose,
En vers jaunes et bleus je t'écris.
Dès lors, le printemps est favori
Et, consacrant l'éternelle osmose,
Naît l'émeraude en cet amalgame.
Rubis et diamants ont d'autres heurs :
Noces d'or, amours fleur-bleue, candides...

"Couleurs" prend le rythme d'un refrain :
Les jardins en fleurs et leurs caprices,
L'arc-en-ciel et les feux d'artifice,
Les papillons, l'habit d'Arlequin,
Les teintes, nuances, tons et gammes...
Ces bouquets sont édens enchanteurs,
Palettes de nos pinceaux avides !

Orléans 4/7 avril 2012

Concours de Badonviller / Thème "les couleurs"
L’amour... à temps


Tu m’as tant
Donné
Et tu m’attends
Encore

Mon amour

Tu m’as tant
Donné
Et pardonné
Encore

Que j’entends
Pardonner
Autant

Au temps

Au temps
Perdu

Et te retrouver
A temps
Pour te donner
Autant

Tu m’as tant
Donné

Mon amour

Que je t’attendrai
Dès l’aurore
Et t’entendrai
Tout le jour

Car jamais ne me lasse
Ce jeu tentant
Que de t’aimer
Toujours
Mon amour


Orléans, 02 septembre 2001
[Primé au Concours AESCO Orléans . Francophonies 2010]
Dialogue à cloche-pied


    Dis-moi, pourquoi 
              n'as-tu qu'un seul soulier ?
    N'est-il pas temps
              de mettre aussi le gauche ?

    Et bien, ma foi,
              cette mode me sied.
    Sois donc galant, 
              et garde tes reproches.

    Pour marcher droit, 
              je crains quelque anicroche !
    Il est prudent, 
              pour sûr, que tu t'assieds...
  
    Mais nulle loi
              n'est encore à l'ébauche
    Interdisant
               ce transport coutumier !!

    Sur ton talent,
              je pourrais m'extasier,
    Mais cette fois,
               la catastrophe est proche !...

    Dans mon élan,
              je vais te stupéfier :
    Les bras en croix,
              les deux mains dans les poches !

    C'est amusant...
              Je sens le vent qui fauche
    Et qui, je crois,
               Haït ton pas grossier....
          
    Clopin clopant, 
              j'ai pu venir à cloche ?
    Quoi qu'il en soit,
              je peux aller à pied !


3 avril 2012 Orléans
Enfance

    Non, je n'ai pas le temps d'écrire un poème,
    Car il me faut jouer avant d'être adulte !
Je compte mes crayons, mes trésors, mes billes ;
Je construis des châteaux, de sable ou de cartes ;
Je poursuis un Indien, dans l'immense plaine...
    Je n'aurai pas le temps, car je dois rêver
    Et, loin de mon sommeil, jouer... à mes rêves !
Je lance mes crayons, mes trésors, mes billes,
                                    Et je vois l'univers jongler comme un prince...
J’habite mes châteaux, de sable ou de cartes,
                                    Et j'aperçois la mer ou songe à demain...
Je capture un Indien, dans l'immense plaine,
                                    Et redonne à l'oiseau sa plume et son ciel...
    Il me manque le temps, le temps de l'enfance ;
    Temps rêvé, envolé, tant de fois volé...
    Moi, si j'avais le temps d'écrire un poème,
    Je le dessinerais dans la cour d'école.



									Orléans 31 mars 2012

Diplôme d’honneur Concours Association Poésie Terpsichore (poésie libre)
[3ème Prix Concours 2012  « lespoètes.net »]
De notre amour

Pourrait-il ne rester
Que l'ombre
Et les cendres
Froides et sombres

Pourrait-il ne rester
Que feu notre amour
Et le feu
De l'enfer
Ici-bas


Orléans, 31 mars 2012
 27 mars 2010


Deuxième Prix Concours 
Association Rencontres Européennes-Europoésie 2012    
section poème court
"pâque"

        Mon amour,
        Ève
        Immuable
        Des premiers matins,
        Ne vois-tu pas que,
        Du nouvel arbre fleuri,
        Racines et sève
        Ont honoré leur promesse,
        Scellée au pied d'un bois mort ?

            Laissant l’étoffe en lambeaux,
            J'ai pris le linceul
            Pour tunique
            Et tous les amants
            Aspirent à revêtir
            Mon espoir.

            Dans la pierre du tombeau,
            J'ai taillé le seul
            Et l'unique
            De tous les diamants
            Dont un roi voudrait sertir
            Le ciel noir.

        Mon amour,
        Rêve
        Avouable
        De mille destins,
        Ne vois-tu pas que,
        Pareil au flambeau brandi,
        Un homme se lève,
        L'Adam espéré sans cesse,
        Qui vient te couronner d'or ?

Orléans 30 mars / 4 avril 2010
(extrait)
Orient

J'ai souvenance d'une chose
Au sourire vermeil,
Caressant le matin rose
Et les champs de méteil :

 Le doux parfum de ce prodige
Apprivoise un soleil,
Dont l'oiseau de sa voltige
Accompagne l'éveil...


Extrait de la Chanson « Au clair de Terre »
janvier1994
L’oiseau et sa complainte aux fleuves

Bien sûr il reste mes yeux
Mais pour quels nouveaux regards
Si je n'ai d'autre horizon
Que les pleurs de son départ
Et vos contours capricieux

Bien sûr il reste ma voix
Mais pour quelles résonances
Si je n'ai d'autre chanson
Que l'écho de son silence
Et vos murmures sans loi

Bien sûr il reste mon ciel
Mais pour quels vœux ou présages
Si je n'ai d'autre saison
Qu’un hiver sans son visage
Et vos étés torrentiels

Bien sûr je reste un oiseau
De vos printemps l'hirondelle
Mais je n'ai d'autre oraison
Que d'enfouir mon manque d'elle
Dans vos plus profondes eaux


Orléans, 27 mars 2010  .  Le Jay,  12-13  avril 2010

[Technique mixte . Nadine Ramond  .  2012]

jp griveau © tous droits réservés  . novembre  2014

Correspondances anonymes

Là-bas, dans les dédales sombres
Des sous-sols gris, des voies étroites,
Il est des marées passagères
Qui épanchent leur vague à l'âme
De quais profonds en grèves noires.
Et moi, du regard ou des lèvres,
Avant de larguer les amarres
Loin du chant triste des sirènes,
Les inviterais-je au voyage,
À l'aventure d'un sourire ?


Orléans 28/30 mars 2012
Concours poésie RATP
L’orfèvre
Chaque matin
Caressant le vœu de t'entendre
J'ose le geste d'un orfèvre
Qui d'un doigt effleure tes lèvres
Pour les sertir d'un baiser tendre
Même lointain

Le Jay, 10 avril 2010
Au bas de cette page, retrouvez 

«Et d’un sillon germera la paix...»

Fresque poétique évoquant la Grande Guerre 14-18

écrite pour l’œuvre musicale du même nom
Et d’un sillon germera la paix...
Fresque poétique évoquant la Grande Guerre 14-18
écrite pour l’œuvre musicale du même nom


1. Printemps

I.  [Introduction]
Le printemps n'avait de sève 
que l’amertume des pleurs 
et le sang répandu…

II.  [Récit]
Enfouie en de profonds sillons, l’unique semence était la multitude de ces enfants sacrifiés. La Terre fertile ne les accueillait pas en son sein : elle s'ouvrait à eux comme une tombe. 

III.  [Chanson]
Mon tendre amour, mon beau soldat...
Nos nuits ne connaissent qu'une étreinte, 
Celle de nos craintes.
Et l'aurore, qui ne chante plus pour le soleil,
Puise sa rosée à la source de nos sanglots.
			
Mon visage, privé de sourire et de caresse,
Et les jardins d'antan, que dorénavant tu piétines,
Se flétrissent et perdent leurs charmes ;

Ils sont creusés des mêmes rides
Où s'écoulent nos larmes,
Et se cachent les agonies.

IV.  [Récit]
Dans les prairies assassinées, nul autre bouquet ne pouvait éclore qu'un printemps sans horizon, qu'une gerbe déjà fanée. Rassasiées de discours trempés dans le fiel, les racines voyaient leurs présages se réduire au nuancier des drapeaux et des uniformes.
Ainsi, les tiges naissantes brandissaient l'acier des fusils et les braves, lançant leur assaut suprême, offraient les premières fleurs au parterre de leurs monuments...

V.  [Chœur final]
Quand les chantres printaniers, les oiseaux voyageurs,
Défieront les mornes augures
Qui rôdent encore aux champs de bataille,
Leur aubade annoncera mille jours meilleurs !
Mon tendre amour, mon beau soldat...
Avant que les plus hauts clochers ne carillonnent, 
Nous célèbrerons la fin de toutes représailles...

2. Été

I.  [Introduction]	
L'été n'avait d'autres feux
Que les flammes de l'enfer
Et maintes plaies béantes…

II.  [Récit]		
Les tambours n'entraînaient plus les fêtes, chansons ou danses ; ils scandaient l'effroyable marche des canons. Dans ce vacarme, la Terre subissait la cadence d'une atroce moisson, d'un précoce labour.  

III.  [Chanson]	
Mon tendre amour, mon beau soldat...
Niant leur destin, fuyant leurs rives,
Nos fleuves dérivent :
Ils n'atteignent plus le vaste océan du sommeil 
Qui jadis les berçait du murmure de ses flots.

Tous les vertiges qu'éprouve notre âme en détresse
Et les tourments cruels qu'infligent fracas et vermine 
Apprivoisent l'éveil et nous hantent ;
	
Ils rythment l'horloge perfide
De nos longues attentes
Et de nos vaines litanies.

IV.  [Récit]	
Plus sombre qu'une ombre orpheline, l'été se consumait dans un assourdissant brasier. Partout, grondaient de violents orages dont les averses de fer broyaient des corps sans âge. Les éclairs, gris, acérés, déchiraient les cieux et les chairs, et l'impitoyable faux cueillait les fruits de maternelles entrailles.
Puis, à l'heure du silence et des cendres, quand le ciel renonçait enfin à rompre ou fendre, retentissait au loin le glas des funérailles... 

V.  [Chœur]
Les blés mûrs et fiers, en arborant leur éclat d'or
Plus scintillant que des parures,
Plus précieux que les posthumes médailles,
Rendront aux campagnes leur estival trésor !

Mon tendre amour, mon beau soldat...
Avant que les épis ne tressent nos couronnes,
Leur satin blond sera l'écrin de nos retrouvailles...

Automne

I.  [Introduction]
L'automne n'avait de souffle 
que la colère du vent 
et le dernier soupir…

II.  [Récit]
Les arbres dressaient leur squelette ; les troupiers encore debout mendiaient leur dignité. Digérant feuilles et cadavres, effaçant tout ce qui succombait, la Terre, épuisée, s’était vêtue de nudité.

III.  [Chanson]
	
Mon tendre amour, mon beau soldat...
Innombrable et tragique est la foule
De ceux qui s'écroulent !
Elle prend l'humble armée soumise aux galons vermeils,
Et nos contrées rongées par tant de maux et fléaux...

Les trêves et récoltes enterrant leurs promesses,
Les lettres et rameaux ne livrant plus que des épines,
Nos lourds paniers s'emplissent d'outrages...
	
Et les vendanges insipides	
Nous servent un breuvage
Que nous buvons jusqu'à la lie.

IV.  [Récit]

L'automne exhalait le même relent que la nourriture rance, la sueur aigre et sale, les dépouilles sans nom. Dans les cimetières et les plaines désertées, l'implacable rouille de la saison s'emparait des croix et des fers meurtriers. 
Mais son acharnement sur ces vestiges n'allait point en estomper la gloire : se déversant aussi sur les images, sur les correspondances, sa couleur ocre était l'encre de la mémoire. 

V.  [Chœur]
L'exquise palette des automnales lueurs
Changera la terne souillure
En une abondance de victuailles,
De parfums retrouvés, d'ineffables saveurs !

Mon tendre amour, mon beau soldat...
Avant que le cantique nuptial ne résonne,
Nous inviterons au banquet de nos fiançailles...

4. Hiver

I.  [Introduction]	
L'hiver n'avait de repos
que les chemins de l'oubli
et la demeure ultime…

II.  [Récit]		
Insufflant la vie à l'inerte poussière, quelques veines gisantes abreuvaient les gerçures du sol. Et plus personne ne savait qui, de la Terre ou de ces hommes, était pétri de chair ou de boue.  

III.  [Chanson]	
Mon tendre amour, mon beau soldat...
C'est le triste règne des teints blêmes,
De l'ennui extrême :
À notre monde anéanti, nos cœurs sont pareils :
Ils s'effondrent, exsangues, dans l'absolu chaos.

Nos espérances, captives de la brume épaisse,
N'avouent que des desseins damnés, errant parmi les ruines,
Et nous figent dans notre misère...

Déployant son givre torpide,
L'usure de la guerre
Tisse notre mélancolie.

IV.  [Récit]
Dans l'hiver sans foyer, l’absence était la plus cinglante des blessures : qui aurait pu choyer ces êtres abandonnés, femmes aimantes ou héros ? Le manteau enveloppant leur funeste cortège était de neige ; et la chaleur qui les embrasait rampait dans leurs fièvres ou les frappait d'une brûlure. 
Alors, le retour d'un frère même mutilé, la tiédeur d'un vin... toute présence qui ne fût froide procurait du réconfort... 

V.  [Chœur]
La quiétude hivernale apprêtera le décor
D'une insoupçonnable nature,
De pays, sans frontières ni murailles,
Qui rêveraient d'abolir la loi du plus fort !

Mon tendre amour, mon beau soldat...
Avant que la Terre ne guérisse et pardonne,
Nous serons les ouvriers des prochaines semailles...

Et d'un sillon germera la paix... 


Orléans, 22 janvier - 8 octobre 2014